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Journaliste, fondateur et directeur de Presse Infos Plus
Carte de presse n°81243
Membre de l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis).

Membre du bureau du Sapig (Syndicat des agences de presse d’informations générales)

Spécialisé dans les secteurs sanitaire et médico-social : organisation, financement et politiques publiques.

Expérience et formation

 

Activités

L’ensemble de mon travail se déroule aujourd’hui au sein de l’agence de presse Presse Infos Plus créée en 2009 et qui s’est vue reconnaître le statut d’agence de presse en octobre 2010.

Si je poursuis mon travail de rédaction, je consacre également beaucoup de temps à l’animation de l’équipe de rédaction de l’agence et aux projets éditoriaux de ses clients.  L’essentiel de la production de contenus de l’agence concerne les secteurs sanitaire et médico-social.

 

Un sentiment d’inachevé

Nominations des futurs directeurs chargés de «préfigurer» les agences régionales de santé (ARS), sortie des premiers décrets d’application… En cette rentrée, c’est donc le temps de la mise en œuvre de la loi de réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la Santé et aux territoires (HPST) voulue par Nicolas Sarkozy et plutôt bien menée par Roselyne Bachelot, dans sa phase d’adoption tout au moins.

Alors que son adoption a été marquée par de très nombreuses polémiques sur la question de la gouvernance de l’hôpital, parions que les mois qui viennent vont être majoritairement consacrés au fait régional et à la mise en œuvre des Agences régionales de santé (ARS), véritables épicentres des évolutions structurelles à venir de notre système de santé. La loi Bachelot devrait au moins rester dans les annales pour cette régionalisation.

Alors pourquoi ce sentiment diffus d’un rendez-vous manqué ? Parce que l’occasion d’un véritable débat public sur notre système de santé n’a pas eu lieu. On en est resté à une polémique finalement peu intéressante sur le fait de savoir qui serait le chef de l’hôpital alors que des questions bien plus centrales n’ont pas été traitées. Ainsi, quel sens donne-t-on aujourd’hui au concept de service public de la santé ? Ou encore, quelle place la société réserve-t-elle aux professionnels de santé ?



Qu’est-ce que le service public aujourd’hui ?

La question du service public souffre depuis des années d’un débat perverti par le fait que dans notre pays nous confondons volontiers mission et statut. En France, le discours professionnel, syndical et politique entretient depuis des années l’idée qu’une mission de service public ne peut être convenablement assurée que si elle est mise en œuvre par des structures et des personnels de statut public. La loi a mis un coin dans ce tandem gémellaire en développant largement les possibilités de recours aux structures et personnels privés pour assurer des missions de service public dans les territoires sous-dotés.

En cela, le gouvernement opère un net rapprochement avec la conception de l’Union européenne. D’une part, l’Union développe une législation et des règlements définissant clairement ce qui relève du service public. D’autre part, elle se dote d’une armada réglementaire visant à assurer, mission de service public ou pas, un haut niveau de sécurité et de qualité des soins pour les patients. Peu importe qui délivre ces soins, du moment que ces standards sont respectés. Cette logique peut s’avérer plus contraignante pour tous les acteurs, y comprit pour les acteurs publics puisque le statut ne suffit pas à constituer un sauf-conduit. Ainsi, qui que l’on soit, il est obligatoire de faire la preuve de la qualité et de la sécurité de son activité.

Cette approche clairement présente dans le texte de la loi Bachelot n’a malheureusement pas été suivie d’un débat de fond sur cette approche. Il n’y a eu qu’une incantation sur la supposée disparition du service public, là où il s’agissait de débattre de sa redéfinition et de son repositionnement. Les crispations habituelles sont immédiatement réapparues, centrées sur la défense des statuts des uns et des autres. Alors, pourquoi cette incapacité à développer un débat plus profond dont notre démocratie aurait tout à gagner tant les questions de santé ont pris et prendront une place de plus en plus centrale ?

Quelle place pour les professionnels de santé ?

Une thèse ne suffirait pas à épuiser le sujet. Mais ce blocage renvoie entre autres à la deuxième question posée plus haut, à savoir celle de la place des professionnels de santé dans notre société. Le malaise palpable à l’hôpital depuis des années, le déphasage croissant du discours collectif des professionnels de santé libéraux avec les tutelles et le grand public en sont des illustrations quasi quotidiennes. Réduire le débat à la dénonciation du corporatisme des professionnels de santé serait inopérant. Car s’ils donnent l’impression de s’enkyster dans certaines attitudes ou des discours souvent stéréotypés, c’est avant tout parce qu’ils ne savent plus comment dialoguer avec les autres acteurs de notre système de santé, ni même avec les citoyens. Même l’espace du colloque singulier n’est plus un espace qu’ils maîtrisent pleinement, les patients se voulant de plus en plus acteur de leur santé (au mieux) ou revendicatif (au pire).

Cette nouvelle donne est le fruit de nombreuses années où le discours sur la santé a été dominé certes par la fascination pour le progrès scientifique, mais surtout par la dénonciation du coût collectif et individuel exponentiel de notre système de santé, ainsi que sa faillibilité. Les grandes affaires sanitaires des années 80 et 90 (sida, sang contaminé, infections nosocomiales…) ont fortement ébranlé la confiance des citoyens dans le système en place. Ainsi, de façon caricaturale, le professionnel de santé n’est plus vu prioritairement comme l’ami de la famille, celui qui soigne et soulage. Il est aussi devenu celui qui coûte cher, qui gagne bien sa vie et qui, pour certains, le fait au détriment de ses patients.

Le coup est donc rude. Or, même s’il y a eu des abus, si pour certains l’attrait du statut social et des revenus qui y sont associés l’emporte sur le métier, voir la mission de soigner, continuer dans la voie de la séparation et de la défiance mènera à une impasse. Il serait dangereux de céder, pour ces corporations, comme pour de nombreuses autres avant eux, aux sirènes de la seule démagogie. Des professionnels de santé de qualité, en nombre suffisant, correctement payés pour se former et exercer sur tout le territoire… la France en a besoin. Pour prendre en charge sa population vieillissante, mais aussi pour prendre soin de ses actifs qui, démographie oblige, devront chacun être performant plus longtemps pour continuer à faire fonctionner la machine.

Travailler sur l’utilisation des financements disponibles au mieux de l’intérêt général est incontournable. Mais il ne faut pas réduire le débat à la seule question du coût. Il est également devenu indispensable de redonner du souffle et du sens aux métiers du soin. Certains professionnels de santé expriment clairement le souhait de retrouver leur dignité. Est-ce exagéré de penser qu’ils l’ont perdu ? Pas sûr. En tout cas, le nœud du problème réside bien dans la quête d’une nouvelle identité, et d’une nouvelle place au sein du corps social. Claire, forte, réaffirmée dans sa légitimité.

Or sur ce terrain, tout reste à faire. Espérons que les professionnels eux-mêmes s’y attèlent au plus vite. En prenant enfin en compte la société telle qu’elle est aujourd’hui. Individuellement, de très nombreux professionnels de santé engagés dans des instances représentatives y sont prêts. Ils dressent des constats lucides et tracent les pistes des évolutions nécessaires. Mais jusqu’ici cette clairvoyance et ce courage n’ont que rarement passé la rampe du discours public et collectif. Dommage, ils auraient tout à y gagner.


3 septembre 2009Mots clé : , ,